Prime est une star suivie par 1,6 million de personnes sur YouTube qui s’exprime rarement. Nous l’avons rencontré, en exclusivité : l’occasion de découvrir une personnalité attachante et authentique doublée d’un entrepreneur hyperactif. De la cité des 4000, à La Courneuve, à la scène de l’Olympia, en passant par les terrains de football américain, les jeux vidéo et la mode, Prime, 28 ans, raconte un parcours exceptionnel qui promet encore de nombreuses surprises.
Votre vie ressemble à un film : enfance dans les quartiers, ascension par le sport, rêve américain, puis blessure, démêlés avec la justice, la chute… avant la résurrection à travers YouTube et la musique… D’où vient votre force de caractère ?
Prime. Chaque fois que je me retrouve au plus bas, je parviens à relativiser. Je me dis que je ne peux que remonter ! Ma vie n’est pas un roman mais une suite d’événements où je me bats et où je réussis. Je n’ai pas peur des situations difficiles. C’est ma philosophie de vie. Je vis mes cauchemars à fond, pour, ensuite, vendre du rêve aux gens. Pour moi, réussir, c’est normal quand tu sacrifies tout.
“Prime, c’est Prime !” : une façon de dire que vous êtes quelqu’un de spécial ?
Prime signifie “premier”, un surnom qu’on m’a donné sur les terrains de football américain car je sortais toujours un gros jeu quand l’équipe en avait besoin pour remporter un titre. Mais je n’étais pas un footballeur américain, j’étais Prime qui joue au football américain ! Je veux être moi-même et exprimer ma personnalité sincèrement. Je me suis toujours battu contre les cases dans lesquelles la société veut te ranger mais qui te réduisent. Je ne changerai pas pour entrer dans une case.
Aviez-vous des modèles étant enfant ?
Aucun. Ma famille ne s’occupait pas vraiment de ce que je faisais. Ma mère a élevé une famille nombreuse seule et elle travaillait beaucoup. Mon père n’était pas là. Je n’ai pas appris, j’ai “fait”, le mieux possible. Il n’y a pas d’excuses ! Je ne voyais pas de logique entre ce que l’on nous apprenait et ce qui se passait dans la vraie vie. Alors, j’ai commencé les petits business, comme vendre dans la cité des jeux vidéo que j’achetais moins cher sur internet.
Les Flash, équipe de football américain, vous ont sauvé ?
Oui, un peu. J’ai commencé par le foot, mais avoir un ballon dans les pieds me limitait, je cours beaucoup trop vite pour ça. Il me fallait quelque chose de plus athlétique, de plus explosif, de plus rapide. Je suis donc passé au foot américain. ça a tellement bien marché que je suis parti jouer au Canada. Sans un sou, sans avoir rien préparé. Au début, je dormais dehors. Mais c’était une opportunité et ça a été fantastique. Je n’ai perdu que trois matchs !
Jusqu’à ce qu’une blessure mette fin à votre rêve américain ?
Je suis rentré en France, et, pour financer mon opération, comme je n’avais plus de droits Sécu, j’ai été poissonnier pendant deux mois ! Avec une attelle au genou !
Comment êtes-vous devenu une star de YouTube suivi aujourd’hui par 1,6 million de personnes ?
J’ai commencé YouTube durant ma convalescence, quand j’étais alité. Le business m’attirait et j’ai foncé dans cette voie. Il y avait des gens comme Norman ou Cyprien, mais les jeux vidéo étaient sous-exploités. J’avais la tchatche, ma personnalité, et je me suis mis à jouer tout en me filmant. Je commentais mes matchs sur Fifa, puis des jeux d’horreur, et ça a démarré très vite. En créant ma chaîne, Lavide, qui raconte aussi ma vie quotidienne de manière spontanée. Je voulais montrer qu’on peut partir de rien, si l’on croit suffisamment en soi, atteindre ses objectifs et réussir tout ce que j’ai réussi.

Prime © Roberto Frankenberg
Comment être un rappeur qui remplit le Bataclan et l’Olympia sans maison de disques ? Tout le monde n’est pas capable de composer de la musique !
Mais si ! Tu appuies sur le bouton record et c’est parti ! Pour savoir faire de la musique, il faut faire de la musique comme pour savoir jouer au football il faut jouer au football ! YouTube censurait mes vidéos car je n’avais pas les droits des musiques que je mettais dessus. Ça aurait fait une bonne excuse pour arrêter, mais je l’ai surmonté en composant mes propres instru ! Je suis parti de zéro et, aujourd’hui encore, je ne sais pas ce qu’est un sol ou un fa. Mais ce n’est pas grave, la musique sort directement de ma tête ! Je la diffuse sur YouTube, Spotifiy et Deezer. Et c’est ainsi que j’ai rempli les salles de concert.
Demeurer indépendant est essentiel ?
Une maison de disques me permettrait de grossir. Si cela se fait, ce sera à mes conditions. L’artistique passe avant tout et je ne veux pas être un produit. L’art, c’est l’art, et je le traite en tant que tel. Quand je fais une musique, elle vient de mon cœur, pas d’une réunion marketing avec des gens que je viens à peine de rencontrer et qui vont investir 300 000 euros sur ma tête. Déjà, je peux les mettre tout seul, et pourquoi donner 90 % de mes gains à une maison de disques ? Je dois me développer tout seul pour dégager le cash-flow dont j’ai besoin pour réaliser mon art. Je suis mon propre mécène !
Avec Karmine Corp, l’équipe d’e-sport que vous avez créée avec les streamers Kameto et Kotei, vous ambitionnez d’être la première équipe rentable sur ce marché…
Dans l’e-sport, il n’existe pas encore de modèle économique stable qui ne soit pas basé sur la spéculation. Ce sont des investisseurs qui financent les équipes. Nous, nous avons mis notre propre argent et nous avons monté une sorte de syndicat des clubs français pour enfin toucher les droits télé… Je fais avancer le sport-business. Notre équipe est à l’équilibre et affiche déjà un beau palmarès européen, notamment sur League of Legends.
Narcissique, c’est par amour de la mode ou c’est juste une autre opportunité de business ?
J’ai une vraie sensibilité à la mode. Je sais coudre et, enfant, je prenais des vieilles fringues que je retravaillais. Et ça plaisait : j’en ai vendu au collège et au lycée ! J’ai fait aussi un peu de mannequinat à mon retour en France. J’ai constaté que les gens manquent souvent d’estime d’eux-mêmes, ils croient plus facilement en des inconnus qu’en eux-mêmes.
Le vêtement aide à donner l’image de soi que l’on souhaite. Pour ma marque de mode, j’ai cherché un mot, qui sonne certes négativement, mais que l’on peut retourner en positif : Narcissique, écrit à l’envers ! Une idée qui change la donne. Les gens voient le mot à l’envers et ne le comprennent pas, mais quand tu te regardes dans le miroir tu le vois écrit à l’endroit et c’est bon pour toi !
En fait, vous êtes un entrepreneur touche-à-tout animé de la mentalité américaine de la performance ?
J’essaie juste d’optimiser ma life au max ! D’être libre d’utiliser mon temps comme je le souhaite pour mon art : c’est ça, la vraie richesse. Mes journées commencent à 6 heures du matin, je fais du sport et j’enchaîne réunions, rendez-vous et séances de création jusqu’à l’épuisement. Je ne dors qu’une nuit sur deux et je veux faire chaque jour le maximum de ce que je peux faire. Je suis maladivement exigeant avec moi-même.
Quelle est votre définition de la réussite ?
Faire des choses qui changent les vies et resteront après ma mort. C’est ambitieux, mais je ne suis pas né pour avoir peur de vivre !
Propos recueillis par Philippe Latil
Photographies par Roberto Frankenberg
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